Il y a quelque chose que personne ne t'a dit. Un feeling qui arrive souvent dans les premières semaines, les premiers mois de ton bébé et parfois même pendant la grossesse. Une sensation étrange, un peu déstabilisante et des émotions qui remontent de nulle part. On classe tout ça rapidement dans la case "hormones" ou "fatigue" pourtant c'est un peu plus complexe. Écoute ça.
Daniel Stern et ce qu'il a entendu
Daniel Stern était psychiatre et chercheur, probablement l'un des plus grands observateurs de la relation mère-bébé du XXe siècle. Dans La Constellation maternelle, publié en 1995, il documente quelque chose de bien spécial : en devenant mère, une femme n'entre pas seulement dans une nouvelle relation avec son enfant. Elle réactive toute son histoire relationnelle à elle.
Et au coeur de cette réactivation, il y a presque toujours une figure : sa propre mère.
Stern décrit trois grandes questions qui habitent, souvent inconsciemment, toute nouvelle mère :
- Est-ce que je serai capable d'aimer mon enfant et de prendre soin de lui ?
- Est-ce que ma mère m'aidera ou m'entravera ?
- Serais-je capable d'être mère à ma façon, différente de la mienne ?
Ces questions ne sont pas anodines, elles touchent à ce que tu as reçu ou pas dans ta propre enfance.
Pourquoi tout ça arrive maintenant ?
Parce que la maternité crée une porosité psychique que peu d'autres expériences de vie provoquent.
Quand tu portes un bébé, quand tu le tiens, quand tu réponds à ses besoins, tu n'es pas seulement dans le présent. Tu es aussi, simultanément, dans ton propre passé de bébé. Dans ce que tu as vécu quand tu étais à sa place. Dans ce qu'on t'a donné : la sécurité, la présence, la douceur ou ce qui t'a manqué.
Stern appelle ça la représentation de soi en tant que bébé. Une couche de mémoire très ancienne, préverbale parfois, qui se réveille au contact de ton propre enfant.
Vivre tout ça, ce n'est pas une pathologie mais plutôt une fenêtre d'opportunité pour grandir. Voir j'ai envie de dire pour guérir.
Ta mère dans la pièce
Si tu as grandi avec une mère suffisamment présente et bienveillante, tu portes en toi une figure de soutien. Quelque chose en toi sait que tu peux être accompagnée, que demander de l'aide est possible, que tu n'es pas seule.
Si tu as grandi avec une mère absente, critique, anxieuse ou blessée, tu portes peut-être autre chose : une voix qui doute, une peur de reproduire, un vide là où il devrait y avoir un modèle. Et parfois, une colère ancienne qui remonte sans crier gare.
Ni l'un ni l'autre ne détermine qui tu seras comme mère. Mais les deux méritent d'être regardés.
La maternité est l'un des moments de la vie adulte où ces couches profondes deviennent accessibles. Où ce qu'on a enfoui depuis l'enfance se présente à nouveau, pas pour te faire mal, mais parce qu'il y a enfin une porte ouverte pour le traverser autrement.
Si tu te reconnais dans ces lignes, si tu sens que la maternité a réveillé des choses que tu ne t'attendais pas à trouver là, sache ceci : tu n'es pas en train de craquer. Tu es en train de faire un travail immense, souvent invisible, que peu de gens autour de toi voient ou nomment.
Rencontrer ta propre mère en toi, traverser ce que tu as reçu ou ce qui t'a manqué, choisir consciemment ce que tu veux transmettre, c'est peut-être le travail le plus profond de la maternité. Pas le plus instagrammable. Mais le plus transformateur.
Avec douceur, Chloé