Tu devais arriver le 24 juin mais nous avions si hâte de te voir que nous étions certains que tu arriverais avant. Mais les jours passaient et rien… Pas de bébé…
Nos amis, la famille nous envoyaient des messages tous les jours pour savoir si tu étais arrivée. Tu étais si attendue ma belle amour. Ton grand frère aussi avait hâte et ne parlait que de toi à la maison. Il disait même que tu étais dans son ventre à lui!
Pour t'encourager à venir, j'ai pris des grandes marches, ton papa m'a fait rire comme il sait le faire, nous avons mangé épicé, ta marraine est venue avec du matcha et des fous-rires, ton frère m'a même sauté dessus… rien. On attendait toujours bébé.
La journée du 24 juin je devais aller marcher avec mon amie mais je me sentais trop fatiguée, je suis restée à la maison à te parler et à te caresser à travers mon gros ventre. J'adorais te sentir bouger comme un petit poisson… quel bonheur ça a été de te porter. C'était facile et doux de t'avoir dans mon ventre.
Dans la soirée du 24, ton frère et moi t'avons fait des dessins et des peintures pour te dire combien nous t'aimions et t'attendions. Papa est allé chercher de la nourriture indienne et du cidre pétillant, nous avons fait comme une petite fête tous les 3! Nous avons parlé de toi et avons essayé de deviner comment seraient tes yeux, tes cheveux… Seras-tu drôle comme ton frère? Une fan de crêpes et de brocolis toi aussi? Aimeras-tu danser dans le salon et écouter de la musique? Quel sera le son de ta voix? Nous avons beaucoup ri à imaginer qui tu serais!
Après avoir couché ton frère, je suis allée dormir… et vers minuit, j'ai senti que quelque chose se passait… mais c'était très léger… des petites contractions douces dans le ventre et dans le dos. Quand je me suis levée pour aller aux toilettes, ton papa m'a demandé si tout allait bien, je lui ai dit que ça travaillait un peu mais qu'il pouvait se rendormir.
Malgré les contractions, je me suis rendormie, c'est vers 2h du matin que j'ai senti que c'était plus fort et rapproché, mais ça restait modéré comme douleurs. Je suis allée prendre un bain, ton papa dormait toujours. L'eau bougeait autour de moi à chaque contraction, c'était un peu magique… Je sentais que les derniers moments avec toi dans mon ventre approchaient et je savourais chaque seconde.
J'étais excitée de te rencontrer mais aussi déjà nostalgique de devoir bientôt te partager avec le reste du monde. Je ne ressentais aucune peur. La présence de Dieu était tangible. Je savais que j'étais faite pour accoucher et que je n'avais qu'à laisser glisser. Dieu était au contrôle, j'étais passagère. C'est la première fois que je ressentais ça.
Après le bain, les contractions n'ont pas baissé alors j'ai appelé la sage-femme. Elle m'a dit que si j'arrivais à parler, c'est que ce n'était pas encore le moment d'aller à la maison de naissance. J'ai rangé un peu l'appartement (oui oui en pleine nuit!), j'ai fait la valise de maternité, j'y ai glissé des photos de ton frère, des langes, des huiles essentielles… j'ai aussi fini la valise pour le séjour de ton frère chez sa gardienne.
Une demi-heure plus tard, j'ai senti que c'était le moment de partir. Je rentrais en travail, je le savais car je ne pouvais pas parler quand j'avais une contraction. J'ai réveillé ton papa, il a réveillé ton frère et on s'est mis en route.
J'ai pu passer quelques minutes avec ton frère dans la voiture, je lui ai expliqué que nous allions te chercher. C'était un beau moment seule avec lui. C'était la dernière fois que nous étions 3. Il n'était pas du tout endormi, lui aussi était très excité de te rencontrer. C'était la première fois qu'il « voyait la nuit » et il s'étonnait de voir le « parc tout noir »! Il est vraiment drôle! Il demandait comment j'allais car il se souciait de mes soupirs, « Correct, maman? », je répondais que tout allait bien et de ne pas s'inquiéter.
Ton frère était trop content d'arriver chez sa gardienne et ça m'a beaucoup rassurée de savoir que tout allait bien pour lui! Quand ton papa est revenu dans la voiture après l'avoir déposé, nous nous sommes regardés : nous partions chercher notre petite fille. Ce moment, on l'attendait et on le répétait dans notre tête depuis des mois. Nous y étions enfin!
Nous avons mis des louanges dans la voiture et avec ton papa nous avons chanté, ça faisait tellement de bien. Je sentais que tu louais avec nous! Nous nous sommes garés tranquillement et avons pris un temps de prières juste avant de monter dans la chambre de la maison de naissance. Cela a été si réconfortant de savoir que nous n'étions pas seuls dans ce moment.
Nous sommes arrivés à la maison de naissance vers 3h45, la même chambre que nous avons eue pour la naissance de ton frère était libre. Ça m'a vraiment rendue heureuse de savoir que tu arriverais dans le même endroit que lui.
J'ai demandé à ce qu'on sorte les photos que j'avais glissées avant de partir dans la valise, je savais que le sourire de ton grand frère allait me porter dans ce moment. J'ai montré les photos aux sages-femmes et elles ont trouvé que ton frère était très beau. Dans mon cœur je savais que ma petite fille serait également la plus belle de toutes!
Ton papa a tout installé pour que je me sente bien, lumière tamisée, chuchotements et a fait jouer de la musique douce. L'ambiance de la chambre était comme un cocon. Nous étions seulement tous les 3, les sages-femmes étaient à l'extérieur de la chambre et venaient de temps en temps seulement. C'était l'intimité et la lenteur dont je rêvais. Je prenais chaque contraction comme une vague qui monte puis redescend. Je savourais chaque pause. Je me détendais complètement.
Je dansais, bougeais mon bassin et je te disais combien j'étais fière de toi car toi aussi tu travaillais fort. Je te disais de ne pas avoir peur car nous faisions le travail ensemble.
Le soleil commençait à se lever tranquillement, je voyais les premiers rayons dans la chambre. Je ne ressentais pas vraiment de douleur mais plus un très grand inconfort. Quand je trouvais ça trop difficile, je souriais et je disais « c'est bien! Ça avance bien! » et ça m'aidait énormément.
J'ai toujours prié pour avoir des preuves tangibles de l'existence de Dieu, j'ai longtemps prié pour une démonstration flamboyante de Sa présence. Pourtant, c'est dans une immense douceur, une confiance simple et sereine qu'Il s'est le plus révélé à moi. Lors de ta naissance, bel amour, Il était là, dans le secret, chuchotant Lui aussi, Il me berçait, Il te berçait, Il te disait combien la vie qu'Il avait prévue pour toi était exceptionnelle, que tu n'avais rien à craindre. À moi, Il rappelait que j'avais été créée pour ce moment, combien j'étais plus forte quand je m'appuyais sur Lui. Il me rappelait que je n'avais pas besoin de souffrir, qu'Il portait tout à ma place.
Il y avait des vagues plus hautes que d'autres mais je me sentais bien, j'arrivais à discuter avec les sages-femmes quand elles rentraient de temps en temps dans la chambre, j'étais si bien et c'était si doux que j'ai commencé à douter légèrement… Et si c'était un faux travail? Si ce n'était pas encore ton moment? Peu après m'être dit ça, tout s'est arrêté. Plus de contractions. Juste un grand calme… allions-nous devoir rentrer chez nous et attendre encore ta venue? Quelle déception…
Au bout de 15 minutes sans contractions, ton papa est allé chercher les sages-femmes, elles sont rentrées et m'ont proposé de regarder mon col, ce qui nous aiderait à savoir où nous en étions… j'étais à 7! Yes! J'étais si heureuse… nous avons regardé l'heure, il était 5h et ton papa m'a fait remarquer que tu pourrais naître à 7h14 comme ton frère! La route n'était plus très longue. Je te sentais toute proche.
Les contractions ont repris en même temps que mon courage et notre hâte de te voir! Des contractions plus fortes et longues, je souriais en me disant que plus c'était intense mieux le travail avançait! Je célébrais l'intensité qui augmentait! J'étais heureuse que ça soit plus fort, cela se passait exactement comme ça devait. Je savais qu'il était totalement normal que les contractions soient plus fortes, alors je surfais tout simplement la vague!
Ton papa me massait le bas du dos et cela faisait descendre l'intensité de moitié. C'était incroyable. J'ai eu envie de prendre un bain, je me suis glissée dans l'eau bien chaude et ton papa est venu avec moi pour continuer à me masser. On a profité du grand bain chaud, c'était très agréable.
Je respirais fort pendant les contractions mais d'un coup j'ai changé de tonalité de voix… ce n'était plus un soupir mais un râle. Je le reconnaissais bien, c'est le son que je faisais au moment de la poussée de ton grand frère. Comment ça se pouvait? Déjà? Tu étais si proche? La sage-femme m'a dit qu'elle allait appeler les aides natales… je savais ce que ça voulait dire, que tu serais là dans très peu de temps.
J'ai remercié à haute voix Dieu pour ce cadeau qu'Il me faisait d'enfanter avec Lui de deux beaux enfants merveilleux et en santé, merci pour cette famille extraordinaire qu'Il m'a offerte. Merci pour cette vie d'abondance. Mon bébé, toi, ton frère et ton papa vous êtes au-delà de tous mes rêves et de toutes mes prières.
Juste après ces mots, j'ai senti ta tête et tes beaux cheveux… Je n'avais pas besoin de pousser, TU poussais! C'était une sensation incroyable… tellement puissante! Dans un dernier mouvement, un dernier râle, ton corps est complètement sorti dans l'eau et je t'ai attrapée! 6h24.
Tu étais tout enroulée dans ton cordon. Tu n'as pas pleuré, simplement respiré doucement… Je t'ai prise dans les bras et tu m'as regardé longtemps, longtemps, longtemps avec tes grands yeux noirs magnifiques et ton regard déterminé. Si calme, douce et si… là!
Personne ne t'avait forcée, poussée ni même touchée. C'était si intime. Tous les 3 dans le bain, le temps lui-même s'est arrêté pour t'admirer. Je me souviendrai de ce moment toute ma vie. Je te trouvais tellement belle et grande. J'ai répété « c'est ma fille ». J'ai aussi dit « Maintenant, je n'ai plus peur de rien! »
J'avais une confiance douce comme jamais auparavant. Pas une seule fois dans le voyage vers toi, j'ai ressenti de la peur. Comme si je connaissais déjà ta force et tes yeux déterminés! Tu étais si petite mais je te sentais invincible.
Ton papa te regardait avec admiration et je l'entendais renifler, plein d'émotions devant sa petite fille. Son cœur a fondu en te voyant ma chérie.
Les aides natales étaient assises en silence et l'une d'elles a proposé de prendre des photos de ce moment suspendu. Je suis vraiment reconnaissante qu'elle ait fait ça. C'est tellement de beaux souvenirs. Quand j'ai dû sortir de l'eau, j'ai ri en disant aux aides natales que « c'était malaaaaade » et que j'avais adoré accoucher! J'aurais pu recommencer le soir même! C'était très différent de mon premier accouchement qui avait été si difficile, douloureux et long.
Oui, j'ai adoré te faire naître mon amour. C'est la plus belle danse de ma vie. Le moment le plus puissant mais aussi le plus simple et doux de mon existence.
Tu es restée accrochée à ton placenta pendant 1h30, c'était magique de t'allaiter alors que tu étais encore reliée comme dans le ventre. Ton cordon était magnifique, bleuté et nacré. Tes yeux étaient grands ouverts et ton regard était si doux et si déterminé à la fois.
Tout le monde est parti rapidement de la chambre et nous sommes restés tous les 3 à nous découvrir. Le soleil inondait la pièce, ou peut-être que toute cette lumière ne venait que de toi.
C'est ainsi que tu es née, mais aussi que tu nous as fait naître comme papa et comme maman.
Bienvenue mon bébé, ma merveille, ma désirée. Tu étais si attendue. Nous t'aimons tant.
Que ta vie soit simple et douce comme ta naissance, que tu gardes toujours ce regard déterminé que tu avais dès tes premières secondes. Que ta naissance nous rappelle que même les grosses vagues se surfent très bien quand on les prend avec le sourire.
Et par-dessus tout, que tu continues à nous apprendre combien la vie est parfois si simple quand on la laisse glisser.
Maman et papa